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Campy, Vampy, Tacky

exposition et événements réalisés avec La Criée centre d'art contemporain de Rennes
du 21 mars au 27 avril 2002


commissaires d'exposition : Alain Buffard et Larys Frogier

avec Charles Atlas, Leigh Bowery, Alain Buffard, Brice Dellsperger, Takashi Ito,
Michel Journiac, Sarah Lucas, Sabine Prokhoris, Ugo Rondinone, Jack Smith, Terre
Thaemlitz, Francesco Vezzoli

coproduction des événements : CCNRB Centre chorégraphique national de Rennes
et de Bretagne


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Jeudi 21 mars
11h : Visite de presse de l'exposition Campy Vampy Tacky à La Criée
18h30 : Vernissage de l'exposition Campy Vampy Tacky à La Criée
21h-00h : Soirée avec DJ Terre Thaemlitz à L'Espace

Vendredi 22 mars
18h-19h30 : Performance musicale DJ Terre Thaemlitz à La Criée
21h : Alain Buffard, INtime/EXtime, au CCNRB

Vendredi 26 avril
16h : Projection de films au CCNRB
Jack Smith, Flaming Creatures
Charles Atlas, La légende de Leigh Bowery
Brice Dellsperger, Body Double
19h : Performance culinaire de Sabine Prokhoris au CCNRB
avec Matthieu Doze et Simon Hecquet
21h : Alain Buffard, Dispositifs 3.1, au CCNRB

Samedi 27 avril
17h : Projection de films au CCNRB, petit studio
Jack Smith, Flaming Creatures
Charles Atlas, La légende de Leigh Bowery
Brice Dellsperger, Body Double
21h : Alain Buffard, Good Boy, au CCNRB


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En janvier 2001, le Centre Chorégraphique National de Rennes et de Bretagne
recevait le chorégraphe Alain Buffard en accueil studio à l'occasion de sa derniére
création intitulée Dispositifs 3.1. Cette oeuvre chorégraphique pour trois danseuses
et un danseur engageait un questionnement critique sur les possibilités et les
processus de transformation du corps et du sujet. Du corps stratifié et multiple
au jeu sur la désidentité, l'oeuvre d'Alain Buffard s'engage davantage dans les
marges et les passages de la chorégraphie à la performance et aux arts visuels.

Suite à cet accueil studio, le centre d'art contemporain La Criée est désireux
d'engager un partenariat avec le ccnrb afin de proposer une manifestation originale
autour de ce travail sur la confusion subversive des genres. Cet événement, intitulé
Campy, Vampy, Tacky, réunira :
- Une exposition de photographies, vidéos et installations à La Criée :
Charles Atlas, Leigh Bowery, Brice Dellsperger, Takashi Ito, Michel Journiac, Sarah
Lucas, Ugo Rondinone, Francesco Vezzoli.
- Deux performances musicales de Terre Thaemlitz au Club L'Espace et à La Criée.
- Trois piéces chorégraphiques d'Alain Buffard au CCNRB.
- Deux aprés-midi de projection de films de Jack Smith, Charles Atlas et Brice
Dellsperger au CCNRB.
- une performance culinaire au CCNRB de Sabine Prokhoris, psychanalyste auteur de
l'ouvrage Le Sexe Prescrit, la différence sexuelle en question, avec la participation
de Matthieu Doze et Simon Hecquet.


Le Camp est un terme anglo-saxon, difficilement traduisible en français, qui
désigne les notions et les pratiques de travestissement - l'autre terme utilisé est
celui de Drag. Il serait pourtant erroné de réduire le Camp au simple
travestissement d'un homme en femme ou d'une femme en homme. A moins de
considérer que le travestissement ne devienne Camp lorsqu'il acquiert une dimension
subversive dans sa capacité à exacerber et à détourner les signes vestimentaires,
gestuels, cosmétiques et érotiques qui déterminent le féminin et le masculin. Le
Camp joue sur l'exacerbation de ces données, les poussant délibérément jusqu'à
l'absurde, voire au vulgaire. Aux idéaux de la féminité ou de la masculinité, le
Camp répond bien souvent par le grotesque, le bas corporel, le mauvais goût.
En clair, le Camp dénaturalise tout ce qui s'affirme comme naturel dans la
personnalité, la corporéité et la sexualité d'un sujet. En opérant à la surface du
corps par le déplacement des codes apparents de socialisation, le Camp retourne
contre elles-mêmes les procédures normatives de la sexualité, déterritorialisant le
sexuel de la sexualité, le genre de l'orientation hétéro ou homosexuelle.
Le Camp n'est pas à considérer comme un genre artistique en tant que tel.
Cependant, on peut parler d'une pratique visuelle du Camp qui a notamment émergé
au sein de l'Underground New Yorkais des années 1960, dont Jack Smith et Andy
Warhol en sont les précurseurs et les meilleurs représentants. Par exemple, le film
Flaming Creatures (1963) de Jack Smith, expérimente des effets visuels trés
élaborés (textures de dentelles, fleurs tombantes...), des scénes improvisées et
désorganisées de créatures androgynes, travesties, maigres, poilues..., prises dans
des activités quotidiennes et sexuelles débridées. L'ensemble concoure à "une
brillante parodie de la sexualité pleine, en même temps qu'il montre le lyrisme des
pulsions érotiques.
" (Susan Sontag, 1964). De même, les Autoportraits en Drag de
Warhol déploient une série de polaroïds où l'artiste s'affuble de différents vêtements,
maquillages, perruques. Posant devant l'objectif à la maniére des portraits d'identité,
l'artiste engage une troublante confusion des attitudes codifiées de la féminité et
des possibilités de mascarades/transformations du sujet.
En France, Michel Journiac a produit dans les années 1970 différentes oeuvres
photographiques et performances liées à la question du travestissement subversif. Il
serait délicat d'appliquer le terme de Camp à l'oeuvre de Journiac. En effet,
l'artiste n'exploite pas la dimension formelle du mauvais goût et du désordre
provoqué de l'image. Qu'il s'agisse de sa fameuse série photographique Hommage
à Freud
 où Journiac-fils se travestit Journiac-mére et Journiac-pére pour opérer
un renversement des procédures d'identification, ou de sa performance Piége pour un
voyeur
 où l'artiste invite le visiteur à pénétrer dans une cage de néons pour se
dévêtir et plonger ses vêtements dans de la peinture, les oeuvres de Journiac sont
formellement structurées, symboliquement signifiantes et parfois politiquement
militantes. Elles déclinent ainsi une autre approche subversive des procédures de
travestissement : "Il y a dans cette tentative de piéger le corps par l'objet et
l'objet par le corps (...) une contestation de l'image telle que la "culture"
l'impose ; l'image ne doit jouer un rùle qu'en tant que substitut, faux se
reconnaissant comme faux, qu'elle ne se donne pas, qu'elle n'apparaisse pas comme
une vérité, mais qu'elle s'accepte comme une fausse vérité.
"(1)

Reste alors à percevoir les incidences de l'héritage du Camp et du travestissement
subversif au sein de l'actualité de l'art et des enjeux sociaux et politiques sur
l'identité et la différence sexuelle.
Les artistes contemporains les plus intéressants sont ceux qui sont parvenus à
tracer des voies critiques à partir de procédures d'appropriation/transformation des
codes identitaires, ainsi que d'actes de déplacement du travestissement vers ce qui
est de l'ordre de l'anomalité et du bas corporel.
De telles procédures visuelles se retrouvent dans l'oeuvre chorégraphique d'Alain
Buffard. Ainsi de Good Boy : sous un plafond de néons, l'artiste nu et rasé,
engage un lent et répétitif habillage du corps par des slips qui se recouvrent les
uns les autres jusqu'à former une masse informe ; il use également de boites de
médicaments et de sparadrap pour se confectionner des semblants de chaussures à
talons. Engoncé et déstabilisé, le corps engage alors une gestuelle qui détourne
les références aux performances exploratoires du Body Art des années 1970 (Acconci,
Nauman), et qui dépasse la simple parodie de travestissement. Une telle action
engage le spectateur vers des perceptions corporelles inhabituelles et vers une quête
du sujet privilégiant le passage, la transformation d'un état perceptif à un autre
plutùt que l'assignation du corps à certains codes déterminant les genres
masculin/féminin. Dispositif 3.1 est une autre piéce chorégraphique élaborée à partir
d'un travail sur l'horizontalité, le bas corporel et la critique institutionnelle de l'art. Ici,
le travestissement des trois danseuses et du danseur est réduit à un simple tablier
écru et à une perruque blonde. D'apparences similaires et partant de mouvements et
de vocalises répétitifs, les danseuses et le danseur vont se particulariser par des
expériences échappant à toute forme de contrùle du corps et de l'identité. Opérant
par diverses citations (inspiration de la voix de Diamanda Galas, extrait d'un poéme
d'Henri Michaux, parodie d'une conférence d'histoire de l'art contemporain, références
aux performances de Mike kelley...), les actant(e)s réinventent un langage du corps où
la métamorphose prévaut sur la clùture identitaire de la différence des sexes, où il
importe davantage de "devenir des animaux trés spéciaux "selon les termes de Gilles
Deleuze, de faire rhizome plutùt que de tracer et figer une ligne, de devenir homme
ou/et femme et inversement plutùt que de s'adapter à des codes vestimentaires et
gestuels familiers.
Leigh Bowery, performer d'origine australienne aujourd'hui disparu, est un artiste qui
est également parvenu à revisiter les procédures de travestissement subversif.
Intervenant aussi bien dans les clubs londoniens que dans les galeries d'art, Leigh
Bowery a réalisé des performances en confectionnant d'abord des accoutrements
spectaculaires par leur capacité à déformer la perception et la vision de son
propre corps. Corseté, maquillé à outrance, masqué, exagérant telle ou telle partie
proéminente de son corps (ventre, poitrine, bassin), disparaissant sous des strates
de tulles flamboyants, Leigh Bowery excéde largement la simple pratique de
travestissement du masculin vers le féminin. Le spectateur de ses interventions
est davantage confronté à une élégance monstrueuse qui défie toutes les habitudes
vestimentaires de socialisation. S'opére alors un passage de l'anormalité ou de la
marge vers l'anomalité, c'est-à-dire vers ce qui est impossible d'inspiration et
d'identification à un modéle corporel, vestimentaire ou sexuel.
D'autres jeunes artistes ont mené un travail plus directement ancré dans des
références culturelles communes, telles que les icùnes du cinéma hollywoodien
(Francesco Vezzoli, Ugo Rondinone, Takashi Ito). Par exemple, l'italien Francesco
Vezzoli réalise des performances à partir d'un méticuleux travail de broderie.
Sérigraphiant des images en noir et blanc d'actrices connues sur une toile à
broder, il intervient ensuite par des points de broderie trés élaborés pour y
figurer des larmes colorées et scintillantes. Rabattant une activité connotée comme
féminine vers le masculin, Francesco Vezzoli, par la délicatesse du travail de
broderie, transpose les codes érotiques et vestimentaires du cinéma hollywoodien
vers une approche sensible et subjective de la figure de la féminité intouchable
et construit pour un plaisir scopique essentiellement masculin.

La scéne musicale n'échappe pas à cette critique des genres assignés
féminin/masculin. Le musicien et DJ Terre Thaemlitz, réalise des performances
musicales en déconstruisant les codes dominants de la scéne musicale House,
Techno ou Electro-accoustique. Aprés des études à New York sur la politique
culturelle des identités, il intervient dans des clubs pour transsexuels et débute
des performances visuelles et sonores où il apparaît en tant que Miss Takes,
jeu de mots sur l'erreur, la mascarade et l'appropriation des codes vestimentaires et
musicaux populaires. Répétant et transformant les gestes masculinisés et les
sonorités des DJ's, Terre Thaemlitz mixe des sons aux confins de toute
catégorisation musicale : "Lorsque vous combattez la culture par la culture, vous
réalisez qu'il y a une frontiére trés floue entre l'élégance et la régurgitation
poignante. Mais la peur donne des rides, et vous n'êtes pas juste une autre saleté
dans une robe ou un garçon manqué à qui il manque un jouet. Vous êtes une
amazone guerriére qui porte sur son visage les fondations du futur. Vraie ou
fausse, votre tenue ne peut jamais vous trahir - chaque touche impeccable et
chaque signe révélateur est un souffle renversant tous les préjugés posés sur le
genre.
" (Terre Thaemlitz).


Larys Frogier
communiqué de presse de l'exposition, 2002


(1) Michel Journiac, 24 heures de la vie d'une femme ordinaire, Paris : Arthur Hubschmid,
1974, non paginé.