logo

Dé-marche

co-réalisation : Alain Buffard, Jan Kopp

interprétation : Alain Buffard, Jan Kopp, Laurence Louppe

créé à la Villa Gillet à Lyon en 2002


-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


"Qui de nous pense à marcher en marchant ? personne. Bien plus, chacun
se fait gloire de marcher en pensant."
Honoré de Balzac, Théorie de la démarche


Notre point de convergence, Jan Kopp et moi, est le texte d'Honoré de
Balzac "La théorie de la démarche". Dans ce texte, Balzac s'improvise en
un observateur des sciences sociales avec une volonté taxinomique de
codification et de catégorisation de son objet. Dandy et impertinent, il
dresse un inventaire du monde du paraître, où la démarche est prise dans
son aspect de fonction naturelle. Il démontre non sans humour que cette
fonction dite naturelle s'efface derrière les pratiques culturelles, jusqu'à
disparaître. Il préfigure sans le savoir l'anthropologie du quotidien et du
banal dans les contextes urbains qui s'est développée à partir de la
seconde moitié du XXème siècle.

Plutôt que d'investir le texte dans son intégralité, nous utiliserons
certains fragments comme embrayeurs de partitions. "Dé-marche" se propose
comme une installation chorégraphique à procédure double, où les éléments
constitutifs de l'oeuvre (tourne-disques, capteurs sonores, déclencheurs
visuels, etc) sont donnés dans un premier temps comme espace d'exploration
à l'usage des visiteurs-spectateurs qui, selon leurs déplacements, produiront
tel ou tel événement. L'implication du spectateur produit l'oeuvre ; sans
son action, celle-ci ne fonctionne pas. Ce n'est plus l'artiste qui produit
le geste, mais le public.

Dans un deuxième temps, nous proposerons une recomposition des éléments
avec leurs potentiels sonores et vidéographiques ainsi qu'une restructuration
de l'espace. Ici, tous les éléments collectés sur la marche (son et vidéo)
seront utilisés dans leur capacité à s'exposer comme révélateur social,
politique et sexuel. La marche est prise comme manière de se présenter, un
autoportrait en quelque sorte, jouant sur les dédoublements, les effacements
qu'offrent les éléments collectés. Cette proposition vient dire aussi que
les possibilités de réitération du geste comme du dispositif ouvrent à de
multiples infinis.

"Dé-marche" accueille le potentiel d'intervention du public comme faisant
partie de l'oeuvre, le public agit et s'expose tout autant que les
performers. Ces derniers vont même jusqu'à se servir des événements qu'ils
auront produits. Le sens de ce dispositif n'existe pas hors de son usage,
c'est à dire l'usage de l'art et les conditions de sa reception/destination,
l'usage de soi en tant que public/producteur.


Alain Buffard, Jan Kopp
Paris, novembre 2001