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Dispositifs 3.1

conception : Alain Buffard

fabrication et interprétation : Alain Buffard, Anne Laurent, Laurence Louppe
Claudia Triozzi

musique : Patti Smith, Easter - Rock'n roll nigger, Arista records-1978

production : pi:es
co-production : Espace Pier Paolo Pasolini - Valenciennes, Centre Georges
Pompidou - Paris, Création-résidence au Quartz ­ Centre national dramatique et
chorégraphique de Brest, Centre national de la danse ­ Pantin

Cette création a pu être réalisée grâce aux accueils-studios des centres
chorégraphiques nationaux :
Ballet Preljocaj ­ Centre chorégraphique national de la région Provence-
Alpes-Côte d'Azur, de la ville d'Aix-en-Provence et du département des Bouches du
Rhône, Ballet Atlantique Régine Chopinot - La Rochelle, le Centre chorégraphique
national de Rennes et de Bretagne - Catherine Diverrès.

Ce projet a bénéficié de l'aide de la DRAC Nord - Pas-de-Calais dans le
cadre de la résidence à l'Espace Pier Paolo Pasolini à Valenciennes.

remerciements : Christine van Assche, Gaëtan Burloude, Alain Ménil, Mike Kelley,
Judith Perron, Sabine Prokhoris et Toméu Vergès

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Mettre en présence trois générations de femmes (Laurence Louppe, Claudia Triozzi,
Anne Laurent) et un homme (Alain Buffard) réitère l'expérience de l'étranger comme
épreuve modificatrice de soi, une expérience qui fait face aux troubles, aux innommés
et aux inconnus. Des mélanges à démêler : des subjectivités qui produisent d'autres
formes. Nous parlerons peut-être moins de la différence des sexes que d'écarts ou
de possibles entre ceux-ci.


Un apprentissage suppose un modèle ou du moins un référent. Cette condition
impose un cadre de contrôle, de conformité et d'efficacité. Il s'agit alors pour
le sujet de trouver ses marques, parfois en se tenant à la marge, et parfois
aussi, en jouant de ses décalages face aux contraintes.
Ce sont ces cadres que Dispositifs 3.1 cherche à troubler, ou à rendre troubles.
Apprendre suppose du temps mais aussi un espace : à cet ordre-là, le sujet doit
se plier. Peut-on désenclaver les corps, brouiller leur géographie ? Nous avons
affaire, dès la première séquence, à quatre figures, quatre figures du même
uniformisées par le costume et la perruque. "Une histoire de quatre femmes, dont un
homme", comme pourrait le dire Sabine Prokhoris. Le paradoxe de cette apparente
uniformité, c'est de rendre encore plus sensible les espaces singuliers de ces corps,
effacer les traits du visage comme signe social et psychique rend visible - lisible
le postural de chacun d'entre nous, le dos en particulier. Leur parcours traverse
les apprentissages fondamentaux (mouvements, langage, nourriture). Les modalités
d'incorporation des gestes et du langage sont liées, en un mot, à la discipline,
mais elles peuvent aussi être détournées, interprétées ou jouées.
C'est ce jeu que nous avons voulu explorer, - moins pour vérifier que la leçon
est bien sue, que pour rendre compte des multiples inventions que nos singularités
nous forcent à trouver.


Il devrait en résulter une grande instabilité de l'ordre des choses : dissolution
des limites, mise en tension des corps et des matériaux. Autant de questions qui
agitent le même, le propre, le Soi et le non-Soi, le rapport d'altérité à l'autre et au
groupe.


Alain Buffard, juin 2000


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"Good, good, you can do it." C'est si simple de marcher ; c'est si simple d'être -
de devenir ? ­ une fille / une femme / un corps ; son propre corps ; un homme.
Pas si simple pourtant ; pas si droit, le chemin. Un homme l'explore, en trois femmes
traversées. Ils ­ elles ­ seront donc quatre ; il est l'une d'elles. Longs cheveux
en guise de visages ; mouvante désidendité. D'emblée alors se verront évidés les
masques qui viennent obturer la mémoire sinueuse de corps quelconques, devenus ­
docilement ? ce corps-ci ou ce corps-là ; voici seulement, devant nous déployés,
quelques parcours, la multiplication, en strates en plis singuliers, d'apprentissages
oubliés, couchés invisibles, au fond des gestes les plus élémentaires.
Une voix conduit la marche. Voix puissante. Voix de femme, au bord du chant.
Voix qui tend, en de multiples directions, comme une toile, un espace et s'y déplace.
Cet espace, secoué, de dénivellations, est l'espace même de ce qui devra avoir lieu.

Voix impérieuse et charmeuse, voix tapissée d'enfance obstinée, voix qui capture et
veut dresser un corps, voix qui veut obtenir, sans lâcher prise un seul instant, le
modelé d'un mouvement. Mais voix qui également, en sa modulation multiple, au
rebours des paroles qu'elle insuffle, gambade, espiègle vagabonde, en compagnie
des gestes ignorants de ses encouragements. Voix qui sait aussi la force de
l'indocilité.

Puis les corps, tour à tour, deviennent la densité visible de cette voix. Ainsi
déplieront-ils, l'un sur l'autre, les plans tressés ensemble de ses intentions et des
lieux de la rétivité, tandis que une autre voix, voix de femme, tendue d'une voix
d'enfant, s'élève. Éveil du mot, né d'un sein coupé. Présence du premier mot, dans
la bouche amputée du monde. Le mot, affamé, plein d'élan têtu, qui affirme une
plénitude nouvelle au lieu de l'arrachement.
Rupture.
Fièvre.
Traversée par les rapides du sexe. Parcourus par les intensités de l'époque.
Présents en même temps, quatre tempos, générations décalées /confondues, se
tiennent ensemble et seuls aux fils de ces vitesses. Patti Smith les emporte très
loin, très-trop ? ­ près d'eux-mêmes. Ils sont partout. Leur marche les dissémine.
Recyclage ; transmission ; jambes en conversation ­ théorique ! C'est drôle. On a
bien le droit.

Puis marcher, encore ; de guingois ; s'instruire, parcourir à nouveau le chemin
accidenté de l'érection du corps à l'agile quatre pattes. Hommefemmeenfant,
Dispositifs 3.1 : signature multiplement redistribuée, réappropriée, d'Alain Buffard.
Ensuite seulement l'on plongera tout droit dans la violence pure, blanche, de
l'injonction. De la si calme, si doucement métallique injonction. Encore une voix
de femme, abrasée. Non les petites filles ne doivent pas "respirer le même air
que nous", mais le perpétuellement pur, jeune, sans mémoire, air des cimes.

L'innocence, pourtant laisse des traces ; des traces entêtantes de fragile fruit
exposé.
Les cimes ? Non. Plutôt le sol repris. Les quatre, à égalité, se taisent ; ne
marchent pas ­ ne marchent pas dans cette affaire. Résister devient battement
commun, ouvert, divers, d'un corps désormais pluriel. Une pulsation ; une musique.


Sabine Prokhoris, septembre 2000