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INtime / EXtime - MORE et encore

créés au festival Le Choré-Graphique à Tours en juin 1999


INtime / Extime

conception : Alain Buffard

fabrication, interprétation : Alain Buffard, Matthieu Doze, Anne Laurent

traitement sonore : Song active prod. - Jean-Jacques Palix et Eve Couturier

régie son : Eve Couturier

MORE et encore

conception : Alain Buffard

fabrication, interprétation : Alain Buffard, Matthieu Doze, Rachid Ouramdane

traitement sonore : Song active prod. - Jean-Jacques Palix et Eve Couturier

régie son : Eve Couturier

images vidéo : Alain Buffard

production : pi:es
co-production : Centre chorégraphique national de Tours - Daniel Larrieu

remerciements : Christine van Assche et Fanny de Chaillé


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Bien sûr, on pense à l'idée de passage entre intérieur et extérieur, à des
assemblages nouveaux, des relations possibles entre des unités distinctes. Il y a
aussi dans INtime/EXtime - outre le jeu de mots qui s'amuse avec l'idée d'intimité,
ce néologisme pourrait être traduit de l'anglais par : à temps / hors temps, cette
barre oblique qui cheville deux opposés, un simple trait qui sépare et qui agrège à
la fois dans une ultime tentative pour trouver une verticalité. Un couple en quelque
sorte, délimité par une incise typographique pour dire l'enjeu du corps individué, de
ses limites, de ses déplacements, de ses commerces avec les autres corps. Des
corps agents, en l'occurrence deux fois trois singularités qui viennent s'inscrire
dans un double projet de trios que sont INtime/EXtime (Anne Laurent, Matthieu
Doze et Alain Buffard) et MORE et encore (Matthieu Doze, Rachid Ouramdane
et Alain Buffard).

L'air circule entre l'intérieur et l'extérieur de nous-mêmes. Comme élément conducteur,
il affirme que nous sommes ouverts. Donc vivants. Que nous sommes un système
non clos, non fini. De là l'idée d'extension du corps. Encore faut-il le sentir
ce corps. C'est par le toucher qu'il sent, il touche le dehors parce qu'il se
touche comme dehors. Cette séquence par exemple, où nos trois corps s'agencent
en articulant un segment par rapport à la masse des deux autres corps, produit
des prolongements qui rendent indéterminables les appartenances propres à chaque
corps. S'engage un va et vient entre le singulier et le multiple, la fusion
et la fragmentation, la forme et l'informe. Cette matière de mouvement souvent
imprévisible et à peine fixable s'appuie sur l'absolue nécessité du mouvement de
l'un pour provoquer celui des autres. Et cette condition ordonne les extensions
comme existence même de nos corps.

Sur les territoires de l'expansion, nous avons expérimenté aussi des ajouts,
matérialisés par des costumes qui accentuent les formes ou inventent de nouvelles
anatomies. Comme si les rapports de surfaces et d'enveloppes fabriquaient des
doubles peaux, des doubles intérieurs. Des ballons qui prolongent ou offrent
d'autres volumes, d'autres surfaces de toucher, appendices pneumatiques ou
sonores.

Du souffle, du son, on en vient aussi au langage en empruntant à une performance
de Vito Acconci. Ne plus voir, essayer de désigner les parties du corps de l'autre.
Cette impossible tentative de nommer rend opérante l'une des premières fonctions du
langage, la désignation, l'indication. Cette utilisation littérale du langage ébranle la
relation par sa simplicité obligeant l'aveugle de reconstruire sans cesse le corps
de son partenaire. La vue perdue érode la fixité du corps, seul le toucher permet
d'en reconstituer son architecture. Les ratages des énoncés intensifient la présence
du corps au monde.

MORE et encore s'appuie sur le socle lexical d'INtime/EXtime en le recyclant,
l'une et l'autre pièce peuvent être présentées de manière indépendante. Double
recyclage, celui d'Acconci comme l'un des éléments d'INtime/EXtime, d'aucuns
parleraient de citation ; et recyclage de ce dernier avec MORE et encore.
La citation : emprunt, ou hommage ? Redite, duplication, ou dérivation ? Si le
post-moderne en use si fréquemment, alors l'originalité cesse d'être une valeur
absolue. Ou alors elle apparaît comme un refuge - l'ultime ? Que vaut en effet
cette notion à l'ère des systèmes de reproductibilité, des réseaux informatiques,
de l'échantillonnage ? Se cheviller à l'originalité serait se cramponner à l'idée
de l'origine. Attention à la copie, il faut estampiller "authentique" et si possible
nouveau.

Recyclage oui, mais par liquidation des matériaux de leur origine pour offrir d'autres
points de vue, comme un index élargi. Établir un ordre provisoire avec des
constructions différentes. Émarger des registres d'interprétations et d'intentions
différenciés avec les mêmes matières chorégraphiques : ainsi à chaque présentation, la
forme de MORE et encore évoluera, la matière de la pièce peut se déployer d'une
manière "informée" suivant les contextes où elle sera présentée.
C'est prendre pour hypothèse de travail que la récurrence et la répétition peuvent
paradoxalement nous éloigner de la figure du même. C'est aussi dire qu'une pièce
est la "somme de ces occurrences et non pas un produit fini" (1).


Alain Buffard - mars 1999


(1) in interview de Catherine David, Vacarme n°7, janvier 1999, p.61

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